Qui aurait cru, il y a encore dix ans, que l’achat d’occasion deviendrait un marqueur social positif ? Longtemps associé à une nécessité budgétaire, le marché de la seconde main est aujourd’hui plébiscité par toutes les générations, y compris les plus jeunes qui en font un véritable acte militant. Face à cette ascension fulgurante, une question taraude les acteurs du commerce traditionnel, et particulièrement ceux du secteur du bazar : le consommateur délaisse-t-il vraiment le neuf au profit de l’occasion ? Entre inflation, pouvoir d’achat et consommation responsable, les lignes bougent, mais pas forcément dans le sens que l’on croit. Plongeons ensemble dans les coulisses de cette révolution silencieuse qui redessine les modèles économiques des réseaux de franchises.
1. L’occasion, un marché qui ne cesse de grandir
Un phénomène de société bien ancré
Le marché mondial de l’occasion pèse aujourd’hui plus de 105 milliards d’euros, dont 8 milliards en France. Ce n’est plus un simple effet de mode : c’est une transformation structurelle des habitudes de consommation. Selon une étude récente, plus de trois quarts des Français ont déjà consommé un produit de seconde main en 2022. Et ce n’est pas près de s’arrêter.
« Longtemps perçue comme un choix par défaut, l’occasion est désormais vue comme une option responsable, économique et même tendance »
— Arnaud Guérin, Co-président de Cash Express
Ce constat, je le partage pleinement. En tant qu’observateur des réseaux de franchise, je vois chaque jour des enseignes historiquement tournées vers le neuf intégrer des corners d’occasion dans leurs magasins. King Jouet, par exemple, a lancé ses espaces King’Okaz dans 30 points de vente, avec un objectif clair : étendre cette offre à l’ensemble de ses magasins. Et le résultat est éloquent : 90 % des bons d’achat remis lors des reprises sont utilisés pour l’achat de jouets neufs.
Les jeunes, moteurs de cette dynamique
Tu veux savoir qui tire cette tendance vers le haut ? Ce sont les 16-34 ans. Chez eux, l’acceptation de l’occasion grimpe à près de 6 sur 10, portée par des économies de 40 à 70 % et un impact écologique jugé bénéfique par 85 % des sondés. La génération Y et la génération Z ne voient plus l’occasion comme un compromis, mais comme un choix assumé, voire revendiqué.
2. Le bazar, un secteur sous tension
Qu’est-ce que le “bazar” dans l’univers de la franchise ?
Quand je parle de bazar, je ne fais pas référence au fouillis de ton garage. Dans le jargon des réseaux de franchise, le bazar désigne ces enseignes de discount non alimentaire qui proposent de tout : équipement de la maison, décoration, articles de saison, loisirs, jardinage… Des enseignes comme Bazarland, Maxi Bazar, Centrakor, Gifi, Noz ou Stokomani sont les figures de proue de ce secteur.
Le marché du bazar discount est évalué à 13 milliards d’euros en 2024, avec une croissance annuelle anticipée de +8 % jusqu’en 2027. Un potentiel énorme qui attire naturellement les candidats à la franchise.
Le consommateur se tourne-t-il vers l’occasion plutôt que le neuf ?
C’est la question à un million d’euros. Et la réponse est… nuancée. Je te propose d’y voir plus clair avec un dialogue que j’ai eu récemment avec Marc Lefèvre, un expert en stratégie de franchise que je suis régulièrement.
Moi : Marc, franchement, avec la montée en puissance de Vinted, Leboncoin et des magasins Cash Express, les bazars ne sont-ils pas en train de perdre des parts de marché ?
Marc Lefèvre : C’est plus subtil que ça. Ce que l’on observe, ce n’est pas un transfert massif du neuf vers l’occasion, mais une segmentation des usages. Le consommateur n’achète pas d’occasion pour les mêmes raisons ni les mêmes produits qu’il achète neuf.
Moi : Explique-moi.
Marc Lefèvre : Prenons un exemple concret. Un jeune parent va acheter une poussette d’occasion sur Leboncoin pour économiser plusieurs centaines d’euros. En revanche, pour la déco de la chambre de bébé, il va préférer du neuf chez Bazarland, parce qu’il veut quelque chose de propre, d’harmonieux, et qu’il peut se le permettre à prix discount. Ce n’est pas un choix binaire : c’est un panier mixte.
Moi : Donc les bazars ne sont pas menacés ?
Marc Lefèvre : Pas si ils s’adaptent. Les enseignes qui comprennent que l’occasion est une opportunité et non une menace sont celles qui vont tirer leur épingle du jeu. Regarde Cash Express : ils viennent de lancer une gamme de produits neufs sous la marque Cash Axess. Ils ne se contentent plus de l’occasion, ils hybrident leur offre.
3. Quand l’occasion booste le neuf : le cas des franchises hybrides
Cash Express, le retourneur de veste
Qui a dit qu’un réseau d’achat-vente d’occasion ne pouvait pas vendre du neuf ? Pas Cash Express en tout cas. Début 2024, l’enseigne a lancé une gamme d’accessoires multimédia sous la marque Cash Axess : chargeurs, câbles, écouteurs… Des produits neufs, conçus pour durer, avec des emballages recyclés.
Le succès a été immédiat : en l’espace de quelques mois, l’ensemble des produits s’est vendu. Pour Arnaud Guérin, « ce premier tour de roue très prometteur nous encourage à développer la gamme sur les accessoires de toutes les familles ».
Que nous apprend ce cas ? Que l’occasion et le neuf ne sont pas antagonistes. Ils peuvent cohabiter, se compléter, et même se renforcer mutuellement. Les franchisés Cash Express qui proposent à la fois des produits d’occasion et des accessoires neufs offrent à leurs clients un service plus complet, et augmentent leur panier moyen.
King Jouet, le cercle vertueux de l’occasion
Autre exemple frappant : King Jouet. L’enseigne a intégré des espaces King’Okaz dans ses magasins. En 2024, ces espaces ont permis de collecter 40 000 anciens jouets et d’en vendre 35 000. Mais le plus intéressant, c’est la suite : 90 % des bons d’achat remis aux vendeurs sont utilisés pour l’achat de jouets neufs.
L’occasion devient ici un levier d’attraction vers le neuf. Le consommateur vient pour revendre, repart avec un bon d’achat, et finit par acheter du neuf. C’est un cercle vertueux qui profite à tous.
4. Ce que disent les chiffres : le consommateur ne choisit pas, il cumule
Des comportements d’achat hybrides
Les études récentes le confirment : le consommateur français n’est pas dans l’opposition neuf vs occasion, mais dans le cumul. Selon une enquête Ifop pour Leboncoin, un Français sur deux a déjà offert un cadeau d’occasion, et un tiers prévoit d’en offrir pour Noël. Parallèlement, 80 % des offreurs informent le destinataire, signe d’une normalisation totale.
Mais attention : ces mêmes consommateurs continuent d’acheter du neuf. Pour la décoration, l’équipement de la maison ou les produits du quotidien, le neuf reste la norme. Pourquoi ? Parce que l’occasion ne couvre pas tout. Sur certains segments, le reconditionné progresse (smartphones, électroménager), mais sur d’autres (linge de maison, vaisselle, petits équipements), le neuf discount reste roi.
L’inflation comme accélérateur
L’inflation joue un rôle clé dans cette dynamique. Face à la hausse des prix, le consommateur cherche des alternatives. L’occasion en est une, mais le discount aussi. Les enseignes de bazar comme Noz, Bazarland ou Maxi Bazar surfent sur cette vague en proposant des prix très compétitifs.
Noz, par exemple, a vu ses ventes exploser de 30 % en 2023. L’enseigne, qui a écoulé les stocks de Camaïeu ou San Marina, propose un modèle unique : du déstockage de grandes marques à prix cassés. Ce n’est pas de l’occasion, mais ce n’est pas du neuf au prix fort non plus. C’est une troisième voie qui brouille encore un peu plus les frontières.
5. Les franchises de bazar : entre adaptation et résilience
Bazarland, le discount qui monte
Bazarland est un excellent cas d’école. Créé en 1989, le réseau compte aujourd’hui 70 boutiques en France. Avec un investissement global de 300 000 à 400 000 euros, dont 100 000 euros d’apport personnel, l’enseigne attire de nombreux franchisés. Son positionnement : du bazar discount de proximité, avec des produits utiles à prix attractifs.
Interrogé sur l’impact de l’occasion, le réseau ne semble pas inquiet. Et pour cause : Bazarland ne vend pas d’occasion. Il vend du neuf discount, des produits de déstockage et des fins de séries. Sa cible ? Les consommateurs qui veulent du neuf, mais pas cher. Et ils sont nombreux.
Maxi Bazar, le pari de la franchise en centre-ville
Maxi Bazar a récemment ouvert son premier magasin franchisé à Paris, boulevard Rochechouart. L’enseigne, qui appartient au family office Zouari comme Stokomani, propose 8 000 références sur 600 m², dont 30 % à moins de 5 euros. Un positionnement ultra-agressif qui répond à une demande : celle du consommateur urbain, pressé, qui veut du neuf immédiatement, sans passer par la case occasion.
Noz, le roi du déstockage
Noz poursuit son développement avec 336 magasins et une progression de +11 % en 2024. Son modèle est unique : des produits neufs mais déstockés, vendus à des prix défiant toute concurrence. L’enseigne a annoncé 20 ouvertures de magasins en 2025.
6. Alors, le consommateur achète-t-il moins de neuf en bazar ?
La réponse courte : non
Non, le consommateur n’achète pas moins de neuf en bazar. Du moins, pas dans les proportions que l’on pourrait craindre. Les réseaux de franchise du secteur du bazar continuent de croître, d’ouvrir de nouveaux points de vente et d’attirer des franchisés.
La réponse longue : c’est plus compliqué
Ce que l’on observe, c’est une redistribution des usages :
- L’occasion progresse sur les produits à forte valeur unitaire et peu périssables : smartphones, électroménager, jouets, vêtements, bijoux.
- Le neuf discount reste roi sur les produits du quotidien : décoration, art de la table, linge de maison, petits équipements.
- Le déstockage (Noz, Bazarland, Maxi Bazar) occupe un entre-deux très porteur : du neuf à prix cassés.
Les franchisés qui réussissent sont ceux qui ont compris cette complémentarité. Certaines enseignes, comme Affair’s, proposent même à la fois du neuf et de l’occasion. Le client peut venir vendre son ancien smartphone et repartir avec un smartphone reconditionné ou un accessoire neuf.
« Le métier de commerçant en seconde main reste méconnu des candidats à la franchise. Pour comprendre ce qui fait la singularité de ce commerce, rien ne vaut une plongée dans le quotidien d’un magasin »
Et c’est exactement ce que fait Affair’s : former ses franchisés à l’expertise, au test et à la garantie des produits. Un savoir-faire qui rassure le consommateur et le fidélise.
7. Les défis à venir pour les réseaux de franchise
La guerre des prix
L’arrivée massive de l’occasion et du reconditionné met la pression sur les prix du neuf. Les enseignes de bazar doivent donc revoir leurs marges et optimiser leurs centrales d’achat. Les franchiseurs qui proposent des conditions d’achat avantageuses à leurs franchisés ont un net avantage.
La nécessité de l’omnicanal
Le consommateur d’aujourd’hui est connecté. Il compare les prix en ligne, consulte les avis, et n’hésite pas à acheter sur Leboncoin ou Vinted. Les franchisés doivent donc être présents sur tous les canaux : magasin physique, site e-commerce, réseaux sociaux. Certaines enseignes, comme Agency Car, proposent même des visites virtuelles de leurs véhicules.
L’importance de la garantie et de la confiance
Le principal frein à l’achat d’occasion, c’est le manque de confiance. Les consommateurs craignent les produits défectueux ou non conformes. Les franchises spécialisées comme Cash Express ont compris cela et proposent une garantie de 2 ans sur les produits high-tech. Un atout majeur face aux plateformes entre particuliers.
Alors, le consommateur achète-t-il moins de neuf en bazar ? Après avoir analysé les données, interrogé des experts et observé les stratégies des réseaux de franchise, je te réponds : non, il n’achète pas moins de neuf. Il achète différemment.
L’ère n’est plus à l’opposition entre neuf et occasion, mais à la complémentarité. Le consommateur d’aujourd’hui est un consommateur hybride. Il va acheter sa poussette d’occasion sur Leboncoin, sa déco chez Bazarland, son smartphone reconditionné chez Cash Express, et ses jouets neufs chez King Jouet grâce au bon d’achat récupéré en revendant les anciens. Il ne choisit pas un camp : il panache.
Pour les franchisés du secteur du bazar, l’enjeu n’est donc pas de lutter contre l’occasion, mais de l’intégrer intelligemment dans leur modèle. Certains l’ont déjà compris : Cash Express vend du neuf, King Jouet recycle l’occasion pour booster le neuf, Affair’s mixe les deux. Ceux qui résistent au changement risquent de subir de plein fouet la concurrence des plateformes et des nouvelles enseignes.
Mais il y a une bonne nouvelle, et elle est de taille : le marché du bazar est en croissance. La demande pour des produits utiles à prix attractifs ne faiblit pas. Elle est même dopée par l’inflation et les préoccupations écologiques. Les franchises qui sauront innover, diversifier leur offre et rassurer leurs clients ont de beaux jours devant elles.
Et toi, cher lecteur, qu’en penses-tu ? As-tu déjà changé tes habitudes d’achat ? Es-tu passé à l’occasion pour certains produits tout en restant fidèle au neuf pour d’autres ? Je t’invite à partager ton expérience dans les commentaires. Parce qu’au fond, c’est nous, les consommateurs, qui faisons le marché.
« Au bazar comme ailleurs, l’avenir appartient à ceux qui savent marier le neuf et l’occasion. »
Si tu penses que l’occasion va tuer le bazar, je te rappelle que le bazar, justement, c’est un peu le bordel organisé du commerce. Et dans le bordel, il y a de la place pour tout le monde. Même pour les vieux trucs qui deviennent neufs à force d’être bien présentés. Alors respire, consomme et surtout, profite !
FAQ
1. L’achat d’occasion fait-il baisser les ventes de neuf dans les bazars ?
Non, pas de manière significative. Les études montrent que les consommateurs cumulent les achats : ils achètent de l’occasion pour certains produits (high-tech, jouets, vêtements) et du neuf discount pour d’autres (décoration, équipement de la maison, petit électroménager).
2. Quelles sont les enseignes de bazar qui intègrent l’occasion dans leur modèle ?
Peu d’enseignes de bazar pur vendent de l’occasion. En revanche, des réseaux comme Cash Express (spécialiste de l’occasion) vendent désormais du neuf. À l’inverse, King Jouet (spécialiste du neuf) a intégré des corners d’occasion. C’est le mouvement d’hybridation qui caractérise le marché actuel.
3. L’occasion est-elle vraiment moins chère que le neuf en bazar ?
Pas toujours. Dans le bazar, les prix sont déjà très bas grâce au discount et au déstockage. L’écart de prix entre un produit neuf discount et un produit d’occasion peut être faible, voire inexistant. C’est pourquoi le consommateur privilégie souvent le neuf pour ces produits.
4. Les franchises de bazar sont-elles menacées par les plateformes comme Leboncoin ou Vinted ?
Elles sont concurrencées, mais pas menacées. Les plateformes entre particuliers ne proposent pas de garantie, pas de service après-vente, pas d’expertise. Les franchises qui misent sur la confiance et la qualité de service conservent un avantage compétitif certain.
5. Quel est l’avenir du secteur du bazar en franchise ?
Prometteur. Le marché est évalué à 13 milliards d’euros et connaît une croissance annuelle de +8 %. Les réseaux comme Bazarland, Noz ou Maxi Bazar continuent d’ouvrir de nouveaux points de vente. L’enjeu est de s’adapter aux nouveaux comportements de consommation en diversifiant l’offre et en renforçant la relation client.
