Je te parle aujourd’hui d’un phénomène qui secoue en profondeur le paysage du commerce franchisé. Tu l’as sans doute constaté : les plateformes de vente entre particuliers comme Vinted, Leboncoin ou Vestiaire Collective ne cessent de gagner du terrain. Et pendant ce temps-là, la fréquentation des boutiques physiques s’érode, y compris pour les réseaux de franchise les plus établis. Alors que le marché français de la seconde main est évalué à 14 milliards d’euros hors automobile en 2024 et devrait atteindre 31 milliards d’ici 2027, une question brûlante se pose : les enseignes physiques de franchise sont-elles en train de perdre la bataille face aux marketplaces entre particuliers ? C’est ce que je te propose d’explorer ensemble.
1. L’essor fulgurant du marché de la seconde main entre particuliers
Avant de parler concurrence, il faut poser les chiffres. Le marché de l’occasion explose littéralement. En Europe, il est estimé à 86 milliards d’euros. En France, plus de 70 % des Français ont acheté ou vendu au moins un produit d’occasion au cours des douze derniers mois. La mode circulaire n’est plus une niche : c’est un mouvement de fond, porté par des préoccupations écologiques et économiques.
Et les plateformes entre particuliers en sont les grandes gagnantes. Vinted a réalisé un GMV de 10,8 milliards d’euros en 2025, en hausse de 47 % sur un an. La plateforme a même dépassé les géants du textile en France en termes de ventes. Le vêtement d’occasion représente désormais 10,9 % des ventes totales en volume en France, et même 16,3 % chez les 18-34 ans.
Easy Cash confirme son leadership sur le marché français de la seconde main avec 166 magasins et un chiffre d’affaires record de 322,3 millions d’euros en 2025. Cash Express a franchi le cap des 102 millions d’euros de CA en 2025, en progression de 7,71 %. Cash Converters affiche 65 millions d’euros de CA et vise 85 millions en 2026. Ces chiffres montrent que les réseaux de franchise spécialisés dans l’achat-vente d’occasion tirent leur épingle du jeu.
2. Quand la concurrence entre particuliers aspire la fréquentation des boutiques
Mais voilà le problème : ces mêmes plateformes qui font grossir le marché global de la seconde main sont aussi celles qui cannibalisent la fréquentation des magasins physiques. Pourquoi ? Parce que le réflexe du consommateur a changé. Avant d’aller en boutique, il va sur son téléphone. Il compare, il vend, il achète, le tout en quelques clics, sans se déplacer.
Ahmed Chaieb, CEO de Cash Converters France, le reconnaît sans détour : « Les difficultés de l’enseigne étaient dues à des décisions historiques : le modèle a bien fonctionné pendant des années, mais il n’a pas pris le virage lui permettant de sortir de l’occasion pour aller dans la seconde vie, les outils n’ont pas évolué ». Un aveu qui en dit long sur l’urgence d’adapter les modèles physiques.
Arnaud Guérin et Lionel Logiacco, coprésidents de Cash Express, abondent dans le même sens : « L’activité de nos magasins est elle aussi appelée à évoluer. Ainsi, étant donné que la fréquentation physique est en baisse, les équipes ont un peu plus de temps pour gérer le volet digital ». Autrement dit, la baisse de fréquentation n’est plus une hypothèse : c’est une réalité quotidienne dans les points de vente.
Et ce n’est pas qu’un problème pour les enseignes d’occasion. Les boutiques de prêt-à-porter, les magasins de puériculture, les commerces de high-tech — tous subissent la même pression. Le secteur de la puériculture, par exemple, est « pris en tenaille entre la baisse des naissances et la hausse de la seconde main, dont le poids est estimé à 30 % des ventes ».
3. Les réseaux de franchise passent à l’offensive
Face à ce constat, les réseaux de franchise ne restent pas les bras croisés. Ils ont compris que la seconde main n’est pas une menace, mais une opportunité — à condition de savoir évoluer.
3.1. Le digital au service du physique
Cash Express prépare le lancement d’un nouveau site internet, décrit comme « plus une market place qu’un site web ». L’idée ? Permettre au client d’acheter dans tous les magasins du réseau sur une seule plateforme. Et cerise sur le gâteau : « tout le stock du franchisé remontera en ligne de façon automatique avec intervention de l’IA pour optimiser les photos, les descriptions des produits et leur catégorisation ».
Easy Cash, de son côté, a vu son CA e-commerce atteindre 17,1 millions d’euros en 2025, en hausse de 27,2 %, et chaque vente en ligne provient directement d’un magasin. Le digital ne remplace pas le physique : il le nourrit.
3.2. La montée en gamme comme rempart
Autre stratégie : la professionnalisation. Fini le temps du bric-à-brac. Les enseignes de franchise investissent dans la qualité, la garantie, le service. Cash Converters propose désormais « une garantie de 24 mois » et « le paiement en dix fois sans frais ». Le réseau veut « démocratiser la seconde main, avec les codes du retail classique ».
Easy Cash a même créé la première certification du métier d’acheteur d’occasion, avec des formations via son École de l’occasion et un programme franchisé avec Kedge Paris. Le secteur se structure, se professionnalise et gagne en crédibilité face aux plateformes entre particuliers.
3.3. L’omnicanalité comme réponse
Les réseaux l’ont compris : il ne s’agit plus d’opposer le physique et le digital, mais de les conjuguer. L’omnicanalité est la clé. L’Observatoire de la Franchise souligne d’ailleurs que « le basculement est désormais comportemental ». Les consommateurs veulent pouvoir vendre en ligne, acheter en magasin, bénéficier de services de réparation, et profiter d’une expérience d’achat fluide.
4. Les boutiques physiques ont-elles encore un avenir ?
La question que tout franchisé se pose. Et la réponse est nuancée.
Oui, les plateformes entre particuliers font de l’ombre aux boutiques. Oui, la fréquentation baisse. Mais non, le magasin physique n’est pas mort. Il se transforme.
D’abord, le magasin physique offre ce que le digital ne peut pas remplacer : la rencontre, la confiance, la transaction immédiate, la réparation sur place, le conseil personnalisé. Comme le rappelle Ahmed Chaieb : « L’idée, c’est de travailler le client comme si c’était du neuf ».
Ensuite, les enseignes de franchise ont un atout majeur : leur ancrage territorial. Elles sont là, dans les villes et les quartiers, accessibles, identifiables. La proximité reste un critère essentiel pour les consommateurs, notamment pour les produits volumineux ou nécessitant une vérification physique.
Enfin, les réseaux qui investissent dans l’omnicanalité et la montée en gamme tirent leur épingle du jeu. Cash Express, Easy Cash, Cash Converters — tous affichent des croissances à deux chiffres. Le marché de la seconde main en France, estimé à 4,6 milliards d’euros en 2025, continue de grossir, et les réseaux de franchise en captent une part croissante.
5. Les clés pour les franchisés : s’adapter ou disparaître
Je te le dis franchement : le monde de la franchise est à un tournant. Les franchisés qui résistent à la transformation digitale, qui négligent l’expérience client en magasin ou qui sous-estiment la concurrence des plateformes entre particuliers sont condamnés à souffrir.
Mais ceux qui, au contraire, embrassent le changement ont tout à gagner. Voici quelques pistes concrètes :
- Intégrer le digital dans l’ADN du point de vente : le stock en ligne, la réservation, le click-and-collect ne sont plus des options.
- Proposer des services à valeur ajoutée : réparation, garantie, conseil, reprise de l’ancien contre le nouveau.
- Soigner l’expérience en magasin : un accueil chaleureux, une présentation soignée, une ambiance qui donne envie de pousser la porte.
- Former les équipes : à la vente, au digital, à la relation client. La compétence est le meilleur rempart contre la concurrence.
- Communiquer sur la différence : le magasin physique n’est pas juste un lieu de vente, c’est un lieu de vie, de confiance, de service.
La guerre n’est pas perdue, elle est en train de changer de nature
Alors, la concurrence des marchés de seconde main entre particuliers va-t-elle tuer les boutiques physiques de franchise ? La réponse est non. Mais elle va profondément les transformer. Et c’est tant mieux.
Je suis convaincu que les réseaux de franchise qui sauront jouer la carte de l’omnicanalité, de la professionnalisation et de l’expérience client sortiront gagnants de cette mutation. Les plateformes comme Vinted ou Leboncoin ne disparaîtront pas, mais elles ne remplaceront jamais la chaleur d’un échange en magasin, la confiance d’une transaction en face-à-face, ou le sourire d’un conseiller qui connaît son métier.
La fréquentation physique baisse, c’est un fait. Mais elle ne disparaît pas. Elle se réinvente. Les consommateurs ne viennent plus en boutique pour acheter comme avant ; ils viennent pour vivre une expérience, pour toucher, pour échanger, pour repartir avec un objet qui a une histoire.
Alors, aux franchisés qui lisent ces lignes : ne pleurez pas sur la baisse de fréquentation. Transformez votre magasin en un lieu où l’on vient non seulement pour acheter, mais aussi pour vendre, pour réparer, pour conseiller, pour partager. Faites de votre boutique le hub de la seconde vie dans votre quartier.
Et si le vrai concurrent des plateformes entre particuliers, ce n’était pas une plateforme, mais un magasin qui a compris que son métier n’est plus de vendre des objets, mais de vendre des histoires ?
« Dans un monde où tout s’achète en un clic, le magasin qui résiste est celui qui offre bien plus qu’un produit : il offre une rencontre. »
Si Vinted continue à ce rythme, on va bientôt pouvoir acheter la Tour Eiffel d’occasion entre particuliers. Mais rassure-toi, même dans ce cas, il faudra toujours un franchisé pour la réparer et la remettre en état. 😉
FAQ
Q : Les plateformes entre particuliers comme Vinted représentent-elles une menace ou une opportunité pour les franchises de seconde main ?
R : Les deux. Une menace parce qu’elles captent une partie de la demande et font baisser la fréquentation physique. Une opportunité parce qu’elles font grossir le marché global de la seconde main et que les réseaux de franchise qui s’adaptent (digital, services, montée en gamme) en profitent pleinement.
Q : Quels sont les réseaux de franchise les plus performants sur le marché de la seconde main ?
R : Easy Cash (322,3 M€ de CA, 166 magasins), Cash Express (102 M€ de CA, 125 magasins) et Cash Converters (65 M€ de CA, plus de 50 magasins) figurent parmi les leaders. Des concepts comme Kilo Shop (friperie au kilo) ou Gamecash (gaming reconditionné) se développent également rapidement.
Q : Comment un franchisé peut-il lutter contre la baisse de fréquentation ?
R : En adoptant une stratégie omnicanale (vente en ligne, click-and-collect, stock visible sur le web), en proposant des services à forte valeur ajoutée (réparation, garantie, reprise), en soignant l’expérience client en magasin et en formant ses équipes à ces nouveaux enjeux.
Q : Le marché de la seconde main va-t-il continuer à croître ?
R : Tout indique que oui. Le marché français est estimé à 14 Mds€ en 2024 et devrait atteindre 31 Mds€ d’ici 2027. La mode circulaire, les préoccupations écologiques et les contraintes économiques des ménages sont des moteurs puissants et durables.
Q : Quelle est la différence entre un achat sur une plateforme entre particuliers et un achat en boutique de franchise ?
R : La boutique offre des garanties (24 mois chez Cash Converters), un service après-vente, la possibilité de toucher et d’essayer le produit avant l’achat, un conseil personnalisé et une transaction en face-à-face. La plateforme offre un choix plus large, des prix souvent plus bas et une commodité d’accès depuis chez soi.
Q : Les franchises de seconde main recrutent-elles des franchisés en 2026 ?
R : Oui. Easy Cash ambitionne 20 nouvelles ouvertures en 2026. Cash Express, Cash Converters, Kilo Shop et Gamecash sont également en recherche de nouveaux franchisés pour étendre leur réseau.
