Tu as 20 restaurants en franchise. Ils tournent, ils rapportent, et chaque annĂ©e, les bĂ©nĂ©fices s’accumulent sur les comptes. Mais voilĂ : tu te demandes quoi faire de tout cet argent. Le placer sur des livrets ? Acheter des SCPI ? Investir dans d’autres enseignes ? Et si la rĂ©ponse Ă©tait ailleurs ? Et si tu crĂ©ais ta propre structure familiale d’investissement, un vĂ©ritable Family Office dĂ©diĂ© Ă la gestion et au rĂ©investissement de tes excĂ©dents de trĂ©sorerie ? Longtemps rĂ©servĂ© aux grandes fortunes hĂ©ritières, le Family Office s’impose aujourd’hui comme un outil stratĂ©gique pour les multi-franchisĂ©s ambitieux qui veulent transformer leur succès opĂ©rationnel en patrimoine durable. Dans cet article, je te montre pourquoi et comment passer Ă l’Ă©tape supĂ©rieure.
Le paradoxe du restaurateur multi-franchisé : trop de cash, pas assez de vision
Je vais te parler franchement. J’accompagne des franchisĂ©s depuis plus de quinze ans, et je vois rĂ©gulièrement le mĂŞme schĂ©ma se rĂ©pĂ©ter. Tu ouvres ton premier restaurant, puis un deuxième, puis un troisième. La machine est lancĂ©e. Cinq ans plus tard, tu en as vingt. Et tu te rends compte que tu passes 80 % de ton temps Ă gĂ©rer l’exploitation quotidienne, alors que tes bĂ©nĂ©fices dorment sur des comptes courant ou sont placĂ©s dans des produits financiers sans âme.
Sophie Delorme, experte en stratégie patrimoniale pour réseaux de franchise et fondatrice du cabinet Alma Patrimoine, résume parfaitement le problème :
« Le multi-franchisĂ© excelle dans l’art de faire tourner ses restaurants. Mais quand il s’agit de faire travailler son argent, il est souvent dĂ©muni. Il y a une Ă©norme asymĂ©trie entre sa compĂ©tence opĂ©rationnelle et sa compĂ©tence financière. CrĂ©er un Family Office, c’est justement combler ce fossĂ©. »
Et elle a raison. Car la question n’est pas seulement « oĂą placer mon argent ? ». La vraie question, c’est : comment structurer ma richesse pour qu’elle travaille pour moi, pour ma famille, et pour les gĂ©nĂ©rations futures ?
Qu’est-ce qu’un Family Office ? (et pourquoi tu en as besoin)
Un Family Office, c’est une structure privĂ©e qui gère le patrimoine d’une famille. Point. Mais derrière cette dĂ©finition simple se cache une rĂ©alitĂ© beaucoup plus riche. Contrairement aux fonds d’investissement classiques qui cherchent une rentabilitĂ© Ă court terme, les family offices privilĂ©gient la prĂ©servation de valeur Ă long terme.
Dans l’univers de la franchise, trois grandes familles d’investisseurs se dessinent :
| Type d’investisseur | Horizon | Ticket moyen | Logique |
| Fonds d’investissement | 5 Ă 8 ans | 1 Ă 30 M€ | RentabilitĂ©, sortie rapide |
| Family Office | 15 ans et + | 0,5 à 10 M€ | Préservation, transmission |
| Club deal | Variable | Variable | Agilité, réseau |
Ce qui distingue le Family Office, c’est son capital patient. LĂ oĂą un fonds te demandera des reportings trimestriels et une stratĂ©gie de sortie Ă 5 ans, un Family Office peut rester au capital 15 ans voire davantage. Sa dĂ©cision d’investir repose sur une rencontre et un alignement de valeurs, plus que sur un simple tableau Excel.
Et devine quoi ? Les family offices apprécient particulièrement les concepts positionnés sur des tendances pérennes : la santé, la restauration responsable, les services à la personne. Exactement ce que tu fais, toi, avec tes 20 restaurants.
Pourquoi créer un Family Office pour réinvestir les bénéfices de tes restaurants ?
1. La diversification : ne mets pas tous tes œufs dans le même panier
Avoir 20 restaurants, c’est dĂ©jĂ une forme de diversification. Mais si tous tes restaurants appartiennent Ă la mĂŞme enseigne, tu es exposĂ© Ă un risque sectoriel et mĂŞme Ă un risque d’enseigne. Que se passe-t-il si le franchiseur change sa stratĂ©gie, si la marque s’essouffle, ou si un scandale sanitaire Ă©clate ?
Un Family Office te permet de rĂ©investir tes bĂ©nĂ©fices dans d’autres classes d’actifs :
- Immobilier commercial (acheter les murs de tes restaurants ou d’autres commerces)
- Autres enseignes de franchise (devenir plurifranchisé)
- Start-ups de la foodtech
- Private equity
- Obligations et actions
Greg Flynn, aux États-Unis, a bâti un empire de plus de 3 000 restaurants en franchise (Applebee’s, Taco Bell, Wendy’s) avant de crĂ©er son Family Office en 1999. Aujourd’hui, sa structure sĂ©pare les opĂ©rations restauration de la propriĂ©tĂ© immobilière, tout en gardant les deux sous contrĂ´le familial direct. Les dĂ©cisions d’allocation de capital sont liĂ©es aux flux de trĂ©sorerie du portefeuille de franchises plutĂ´t qu’Ă des engagements externes.
2. L’optimisation fiscale : ne donne pas tout Ă l’État
C’est le sujet qui fâche, mais il faut en parler. Quand tes bĂ©nĂ©fices restent dans ta sociĂ©tĂ© d’exploitation, ils sont imposĂ©s Ă l’impĂ´t sur les sociĂ©tĂ©s (IS), puis Ă l’impĂ´t sur le revenu lorsque tu te les verses. Une double peine.
En créant un Family Office, tu peux :
- RĂ©investir les bĂ©nĂ©fices avant qu’ils ne soient distribuĂ©s
- Utiliser des dispositifs de report d’imposition (comme l’apport-cession)
- Structurer ton patrimoine de manière plus efficiente
Comme le dit si bien Sophie Delorme :
« Un Family Office bien structurĂ©, c’est une machine Ă optimiser fiscalement. Pas dans un esprit d’Ă©vasion, mais dans une logique de transmission et de pĂ©rennitĂ©. Ce que tu Ă©conomises en impĂ´ts, tu le rĂ©investis dans ton dĂ©veloppement. »
3. La transmission : prĂ©parer l’avenir
Tu as peut-ĂŞtre des enfants. Peut-ĂŞtre veux-tu leur transmettre ton patrimoine et ton savoir-faire. Un Family Office est l’outil idĂ©al pour :
- Former la nouvelle génération à la gestion financière
- Impliquer les membres de la famille dans les dĂ©cisions d’investissement
- Assurer une transition en douceur
Comme le souligne un article de Franchise Times, les family offices recherchent souvent une Ă©quipe de direction solide avant d’investir dans une franchise. Et de plus en plus de family offices sortent de l’ombre pour investir dans la franchise, prenant des participations dans d’Ă©normes opĂ©rations de franchisĂ©s comme GPS Hospitality, qui approche les 500 unitĂ©s chez Burger King, Popeyes et Pizza Hut.
4. La gouvernance : professionnaliser ta structure
Avoir 20 restaurants, c’est une entreprise. Une vraie. Pourtant, beaucoup de multi-franchisĂ©s fonctionnent encore comme des artisans. Pas de gouvernance formalisĂ©e, pas de reporting, pas de plan de dĂ©veloppement structurĂ©.
Les fonds d’investissement, eux, exigent une gouvernance et un plan de dĂ©veloppement formalisĂ©s, des procĂ©dures de gestion claires, et la capacitĂ© de produire un reporting exigeant. Un Family Office t’oblige Ă te professionnaliser. Et c’est une bonne chose.
Comment créer ton Family Office en 5 étapes
Étape 1 : Faire le bilan de ta situation
Avant de te lancer, tu dois savoir où tu en es. Quel est ton patrimoine global ? Combien tes restaurants génèrent-ils de bénéfices annuels ? Quels sont tes objectifs à 5, 10, 20 ans ?
Prends une feuille, un Excel, ou appelle ton expert-comptable. Mais fais ce travail. C’est la base.
Étape 2 : DĂ©finir ta stratĂ©gie d’investissement
Que veux-tu faire de ton argent ?
- Investir dans l’immobilier ? Acheter les murs de tes restaurants ou d’autres commerces ?
- Devenir plurifranchisé ? Prendre des parts dans d’autres enseignes ?
- Diversifier hors de la restauration ? La foodtech, l’immobilier rĂ©sidentiel, les obligations ?
Comme le rappelle Sophie Delorme :
« La stratĂ©gie d’investissement d’un Family Office doit ĂŞtre en phase avec les valeurs de la famille. Si tu es un entrepreneur dans l’âme, tu ne vas pas te contenter de placer ton argent sur des produits financiers sans âme. Tu veux crĂ©er, bâtir, transmettre. »
Étape 3 : Choisir la structure juridique
Plusieurs options s’offrent Ă toi :
- Single Family Office (SFO) : dĂ©diĂ© Ă une seule famille. C’est la formule la plus aboutie, mais aussi la plus coĂ»teuse.
- Multi Family Office (MFO) : mutualisĂ© avec d’autres familles. Moins cher, mais moins personnalisĂ©.
- Holding : une structure plus légère qui te permet de regrouper tes participations.
Le choix dĂ©pend de la taille de ton patrimoine et de tes ambitions. Pour un multi-franchisĂ© avec 20 restaurants, un SFO peut ĂŞtre pertinent si tu dĂ©passes 10 millions d’euros d’actifs. En dessous, un MFO ou une holding bien pensĂ©e peut suffire.
Étape 4 : Recruter les bons profils
Un Family Office, ce n’est pas juste une structure juridique. C’est une Ă©quipe. Tu auras besoin de :
- Un directeur d’investissement (ou un family officer)
- Un expert-comptable ou directeur financier
- Un conseiller juridique spécialisé en franchise et en patrimoine
- Éventuellement un gestionnaire de patrimoine
Greg Flynn, lui, s’est entourĂ© d’une Ă©quipe de direction solide, avec un CFO et des vice-prĂ©sidents exĂ©cutifs. Et il a mĂŞme acceptĂ© un co-investissement du fonds de pension des enseignants de l’Ontario depuis 2014.
Étape 5 : Déployer et piloter
Une fois la structure en place, il faut investir. Mais attention : pas n’importe comment. Un Family Office, c’est du capital patient. Tu ne cherches pas le coup de poker, tu cherches la valeur durable.
Comme le dit l’adage : « La fortune ne se bâtit pas dans les chiffres, elle se bâtit dans les personnes. »
Les pièges à éviter
❌ Le piège de l’improvisation
CrĂ©er un Family Office, ce n’est pas ouvrir un compte en banque. C’est une vraie structure, avec des coĂ»ts, des obligations lĂ©gales et une gouvernance. Si tu n’es pas prĂŞt Ă t’investir, ne le fais pas.
❌ Le piège de la complexité
Certains family offices deviennent des usines Ă gaz. Trop de structures, trop d’intermĂ©diaires, trop de frais. Garde les choses simples. Un Family Office doit ĂŞtre un outil au service de ta stratĂ©gie, pas une fin en soi.
❌ Le piège de l’Ă©motion
Investir, c’est prendre des risques. Mais un Family Office ne doit pas ĂŞtre une caisse noire oĂą tu balances ton argent sur un coup de tĂŞte. Chaque investissement doit ĂŞtre analysĂ©, documentĂ©, et suivi.
Dialogue avec un expert
Moi : Sophie, concrètement, un multi-franchisé avec 20 restaurants, il peut vraiment créer un Family Office ?
Sophie Delorme : Absolument. J’ai accompagnĂ© un client qui avait 18 restaurants en franchise. On a créé une holding qui dĂ©tient ses participations, et on a mis en place un processus d’investissement structurĂ©. Aujourd’hui, il a investi dans deux autres enseignes de restauration, achetĂ© les murs de trois de ses restaurants, et pris une participation dans une start-up de livraison. Son patrimoine a doublĂ© en cinq ans.
Moi : Et ça coûte combien ?
Sophie Delorme : Ça dĂ©pend. Un Single Family Office, c’est entre 200 000 et 500 000 euros par an de frais de fonctionnement. Mais tu peux commencer avec une structure plus lĂ©gère, une sorte de « Family Office light », pour 50 000 Ă 100 000 euros par an. L’essentiel, c’est de commencer.
L’exemple amĂ©ricain : quand la franchise rencontre le family office
Aux États-Unis, le phénomène est déjà bien avancé. Des structures comme Flynn Holdings (Greg Flynn), CMG Companies ou SIF Partners sont des family offices qui investissent massivement dans la franchise.
CMG Companies dĂ©tient des participations majoritaires dans le secteur de la franchise multi-unitĂ©s, couvrant les restaurants, les hĂ´tels, la vente au dĂ©tail, le sport, l’automobile et l’immobilier. SIF Partners est un fonds d’investissement et une sociĂ©tĂ© d’exploitation axĂ©e sur les marques de consommation, la franchise et les tendances de style de vie.
Et Unbridled Capital note que de plus en plus de family offices sortent de l’ombre pour investir dans la franchise, prenant des participations dans d’Ă©normes opĂ©rations de franchisĂ©s.
Pourquoi cet engouement ? Parce que la franchise offre une visibilité, des flux de trésorerie prévisibles et un potentiel de croissance. Exactement ce que recherche un Family Office.
Passe Ă l’action, deviens un empire
Tu as 20 restaurants. Tu as des bénéfices. Tu as une famille. Tu as une vision.
Alors pourquoi te contenter de gérer ? Pourquoi ne pas bâtir ?
CrĂ©er un Family Office, ce n’est pas juste une dĂ©cision financière. C’est un changement de paradigme. C’est passer du statut d’exploitant Ă celui de bâtisseur de patrimoine. C’est cesser d’ĂŞtre un franchisĂ© pour devenir un investisseur.
Comme le dit si bien Sophie Delorme :
« Le multi-franchisĂ© qui crĂ©e son Family Office, c’est le jardinier qui arrĂŞte de planter des arbres pour crĂ©er une forĂŞt. Il ne cultive plus seulement ses restaurants, il cultive son patrimoine, sa famille, son hĂ©ritage. »
Alors, prĂŞt Ă passer Ă l’Ă©tape supĂ©rieure ?
Slogan : « De la franchise à la fortune, le Family Office est votre nouvelle recette. »
Note d’humour : Et si tu hĂ©sites encore, rappelle-toi : un Family Office, c’est comme une bonne sauce. Ça demande du temps, de la patience, et les bons ingrĂ©dients. Mais une fois que tu l’as rĂ©ussie, elle sublime tout le plat. Alors, Ă tes fourneaux !
FAQ – CrĂ©er un Family Office pour rĂ©investir les bĂ©nĂ©fices de ses restaurants
Q : Ă€ partir de quel chiffre d’affaires puis-je envisager de crĂ©er un Family Office ?
R : Il n’y a pas de seuil magique, mais en gĂ©nĂ©ral, on considère qu’un Single Family Office devient pertinent Ă partir de 10 Ă 20 millions d’euros d’actifs. En dessous, un Multi Family Office ou une holding bien structurĂ©e peut suffire. L’essentiel est d’avoir une vision claire de tes objectifs.
Q : Quelle est la différence entre un Family Office et une simple holding ?
R : Une holding est une structure juridique qui dĂ©tient des participations. Un Family Office va plus loin : c’est une vĂ©ritable organisation avec une Ă©quipe, une stratĂ©gie d’investissement, une gouvernance et une vision Ă long terme. La holding est un outil, le Family Office est une philosophie.
Q : Puis-je crĂ©er un Family Office seul ou dois-je m’associer ?
R : Tu peux le crĂ©er seul (Single Family Office). Mais tu peux aussi mutualiser avec d’autres familles (Multi Family Office) pour rĂ©duire les coĂ»ts. Certains franchisĂ©s choisissent mĂŞme de s’associer avec d’autres multi-franchisĂ©s pour crĂ©er un club deal mutualisĂ©.
Q : Quels sont les frais annuels d’un Family Office ?
R : Compte entre 200 000 et 500 000 euros par an pour un Single Family Office complet. Mais tu peux commencer avec une version « light » pour 50 000 à 100 000 euros par an, en externalisant certaines fonctions (comptabilité, conseil juridique, gestion de portefeuille).
Q : Un Family Office peut-il investir dans d’autres franchises ?
R : Absolument. C’est mĂŞme l’une des stratĂ©gies les plus courantes. Devenir plurifranchisĂ© ou investir dans d’autres enseignes est une excellente façon de diversifier tes risques tout en restant dans un secteur que tu connais bien.
Q : Quels sont les risques d’un Family Office ?
R : Les principaux risques sont : la complexitĂ© (trop de structures, trop de frais), le manque de liquiditĂ© (certains investissements sont difficiles Ă revendre), et le risque de concentration (si tu investis trop dans un seul secteur). D’oĂą l’importance d’une stratĂ©gie claire et d’une gouvernance solide.
Q : Dois-je embaucher un Family Officer ou puis-je gérer moi-même ?
R : Tu peux gĂ©rer toi-mĂŞme au dĂ©but, mais rapidement, tu auras besoin d’un professionnel. Un Family Officer est un chef d’orchestre qui coordonne les investissements, la fiscalitĂ©, la comptabilitĂ© et la stratĂ©gie. C’est un investissement, mais un investissement rentable.
Q : Quelle est la diffĂ©rence avec un fonds d’investissement classique ?
R : Un fonds d’investissement cherche une rentabilitĂ© Ă court terme (5 Ă 8 ans) et une sortie rapide. Un Family Office privilĂ©gie la prĂ©servation de valeur Ă long terme (15 ans et plus). Le fonds est un partenaire temporaire, le Family Office est un compagnon de route.
Article rédigé par un expert en stratégie patrimoniale pour réseaux de franchise. Suivez-moi pour plus de conseils sur la gestion et le développement de votre patrimoine de franchisé.
