Vous êtes franchisé ou franchiseur, et vous vous apprêtez à investir dans du matériel de pointe pour équiper votre point de vente. Le fournisseur est excellent, les machines sont performantes, le prix en dollars américains ou en livres sterling est attractif. Mais avez-vous regardé le cours de l’euro aujourd’hui ? Parce que si l’euro flanche de 10 % d’ici la livraison, votre belle affaire se transforme en gouffre financier. Bienvenue dans le monde impitoyable du risque de change. Trop souvent négligé dans les prévisions d’investissement des réseaux de franchise, ce risque peut grignoter, voire anéantir, la marge d’un franchisé ou la rentabilité d’une centrale d’achat. Pourtant, avec les bonnes stratégies, il se dompte. Dans cet article, je vais vous montrer comment transformer ce casse-tête en variable maîtrisée.
🎯 Pourquoi le risque de change est le serpent de mer des achats d’équipements en franchise
Parlons chiffres. Imaginez que vous signez un bon de commande de 100 000 dollars pour du matériel de restauration ou des machines-outils. Au moment de la signature, le taux EUR/USD est à 1,10. Vous budgétisez donc 90 909 euros. Mais entre la commande et la livraison, il se passe souvent plusieurs mois. Si l’euro chute à 1,05, votre facture finale passe à 95 238 euros. Vous venez de perdre 4 329 euros, soit près de 5 % de votre investissement, sans que la qualité du matériel ni le prix du fournisseur n’aient bougé d’un iota. C’est ça, le risque de change : une variation des taux de change qui modifie le coût final d’un achat libellé dans une devise étrangère.
Et ce n’est pas un risque théorique. Les devises des pays hors zone euro, comme le dollar américain, la livre sterling ou le yuan chinois, peuvent enregistrer des variations annuelles de 10 à 25 % face à l’euro. Pour un réseau de franchise qui importe régulièrement des équipements, l’addition peut vite devenir salée. On parle ici d’un risque financier qui impacte directement la trésorerie et la rentabilité des franchisés.
Le problème est d’autant plus aigu dans le modèle de la franchise. D’un côté, le franchiseur a souvent une vision globale et peut mutualiser les achats via une centrale d’achat. De l’autre, le franchisé, qui est un entrepreneur indépendant, est directement exposé. Si le franchiseur ne l’accompagne pas sur ce sujet, le franchisé peut se retrouver seul face à des fluctuations qu’il ne maîtrise pas. Et c’est là que le bât blesse.
🔍 Les trois visages du risque de change dans vos achats d’équipements
Avant de parler solutions, il faut bien identifier l’ennemi. Dans le cadre des achats d’équipements hors zone euro, je distingue trois types de risques :
- Le risque de transaction : C’est le plus classique. Vous passez une commande en devise étrangère (USD, GBP, CHF, etc.) et le paiement intervient plus tard. Entre-temps, le taux de change a bougé. C’est le risque que j’ai illustré plus haut. Il concerne directement le coût d’achat du matériel.
- Le risque économique : Il est plus sournois. Même si vous facturez en euros, la concurrence, elle, s’approvisionne peut-être dans la même devise que vous. Si l’euro s’apprécie, vos concurrents qui achètent en dollars voient leurs coûts baisser et peuvent casser les prix. Votre position concurrentielle s’en trouve affectée, même si votre facture, elle, est en euros.
- Le risque de conversion : Il concerne les franchisés qui réalisent une partie de leur chiffre d’affaires en devises (par exemple, un franchisé situé dans un pays hors zone euro mais dont le compte est en euros). Les actifs et les passifs libellés en devises doivent être convertis dans la devise de reporting, ce qui peut créer des variations comptables.
💡 Les stratégies gagnantes pour couvrir votre risque de change
Maintenant que vous avez identifié le problème, je vous propose des solutions concrètes. Et croyez-moi, j’ai vu des réseaux entiers sauver des marges substantielles en appliquant ces principes.
1. Négocier la devise de facturation
C’est la solution la plus simple, mais souvent la moins utilisée. Pourquoi ne pas demander à votre fournisseur de vous facturer en euros ? Si vous avez un bon poids de négociation, notamment via une centrale d’achat qui regroupe les besoins de plusieurs franchisés, vous pouvez imposer votre devise. Certes, le fournisseur va peut-être répercuter un peu de son propre risque de change dans son prix, mais vous aurez la certitude du coût final. C’est un confort qui a un prix, mais qui peut valoir le coup pour des investissements stratégiques.
2. Utiliser les instruments de couverture : le contrat à terme
C’est l’outil roi de la gestion du risque de change. Le contrat à terme (ou forward) vous permet de bloquer un taux de change aujourd’hui pour une transaction qui aura lieu dans le futur. Concrètement, vous dites à votre banque : “Dans six mois, je vais devoir payer 100 000 dollars. Je veux fixer le taux aujourd’hui à 1,10.” Quoi qu’il arrive, vous paierez 90 909 euros. Si l’euro s’effondre, vous êtes gagnant. Si l’euro s’envole, vous aurez peut-être moins bien fait que de ne rien faire, mais vous aurez la sécurité et la visibilité sur votre investissement.
Pour les réseaux de franchise, c’est particulièrement pertinent pour les achats groupés de matériel. Le franchiseur peut négocier un contrat-cadre avec une banque et proposer ce service à ses franchisés. Certains réseaux vont même jusqu’à imposer une politique de couverture pour les achats importants.
3. Opter pour des options de change
L’option de change est un peu plus sophistiquée. Elle vous donne le droit, mais non l’obligation, d’acheter ou de vendre une devise à un taux fixé à l’avance. Vous payez une prime (comme une assurance), mais vous êtes protégé si le taux évolue défavorablement, tout en profitant d’une évolution favorable. C’est un outil de couverture plus flexible, mais aussi plus coûteux.
4. Lisser ses achats dans le temps
Si vous avez des besoins récurrents en équipements, vous pouvez adopter une stratégie de lissage. Au lieu de faire un seul gros achat, vous en faites plusieurs, échelonnés dans le temps. Cela permet de moyenner les taux de change et de réduire l’impact d’une variation brutale. C’est une forme de couverture naturelle.
5. La clause de variation de prix (ou clause de révision)
C’est une astuce commerciale. Vous pouvez inclure dans votre contrat avec le fournisseur une clause qui prévoit un réajustement du prix si le taux de change varie au-delà d’un certain seuil. Par exemple, si l’euro baisse de plus de 5 % par rapport au dollar, le prix en euros est révisé. C’est un partage du risque entre l’acheteur et le vendeur.
👥 Le rôle clé du franchiseur et de la centrale d’achat
Dans un réseau de franchise, la gestion du risque de change ne devrait pas être une affaire individuelle. Le franchiseur a un rôle d’accompagnement et de protection à jouer. Et ça, c’est un vrai sujet de différenciation et de valeur ajoutée pour le réseau.
Imaginez un franchiseur qui met en place une centrale d’achat internationale. Non seulement il négocie les prix en devises, mais il met en place une politique de couverture pour l’ensemble du réseau. Chaque franchisé bénéficie alors de tarifs stabilisés, sans avoir à se soucier des fluctuations des devises. C’est un énorme avantage concurrentiel.
Certains réseaux vont plus loin et intègrent le risque de change dans leur contrat de franchise. Ils peuvent prévoir que les achats d’équipements d’un certain montant doivent obligatoirement être couverts, ou que le franchisé doit utiliser la centrale d’achat du réseau pour bénéficier des tarifs négociés et couverts.
🤖 La technologie au service de la gestion du risque de change
On n’est plus à l’époque des tableaux Excel qui prennent la poussière. Aujourd’hui, des plateformes de gestion de trésorerie et des solutions API permettent de suivre en temps réel son exposition au change et de déclencher automatiquement des opérations de couverture. Des outils comme ceux de Wise, Currencycloud ou des modules multi-devises intégrés aux ERP (NetSuite, Oracle) sont devenus accessibles même pour des réseaux de taille moyenne.
L’idée est de centraliser l’information, d’automatiser les décisions lorsque c’est possible et de donner aux franchisés une visibilité parfaite sur leur risque de change.
💬 Dialogue avec un expert
Moi : “Jean-Pierre, tu as été directeur financier d’un réseau de franchise de 200 points de vente. Comment gérez-vous le risque de change pour les achats d’équipements ?”
Jean-Pierre, expert en finance de réseau : “Écoute, on a mis en place une règle simple : tout achat d’équipement supérieur à 50 000 euros et libellé en devise étrangère doit être couvert à 100 % par un contrat à terme. On a négocié des conditions préférentielles avec notre banque pour l’ensemble du réseau. Chaque franchisé peut bénéficier de ces conditions. Le coût de la couverture est intégré dans le prix final de l’équipement qu’on lui facture. Résultat : zéro surprise, zéro mauvaise nouvelle sur la facture finale. Et les franchisés nous remercient, parce qu’ils peuvent se concentrer sur leur cœur de métier : vendre, pas spéculer sur les devises.”
Cet exemple montre bien que la gestion du risque de change est un service à valeur ajoutée que le franchiseur peut apporter à son réseau.
📈 Les bonnes pratiques à retenir pour votre réseau
- Diagnostiquez votre exposition : Identifiez tous les achats d’équipements libellés en devises, leurs montants et leurs échéances.
- Définissez une politique de couverture : Quels sont les seuils à partir desquels vous couvrez ? Quels instruments utilisez-vous (contrats à terme, options) ? Quelle est votre tolérance au risque ?
- Centralisez les achats : Une centrale d’achat qui regroupe les besoins de plusieurs franchisés a un pouvoir de négociation bien plus grand, que ce soit sur les prix ou sur les conditions de couverture.
- Formez et informez : Les franchisés doivent comprendre les enjeux du risque de change. Le franchiseur doit les former et les accompagner.
- Utilisez la technologie : Mettez en place des outils de suivi et de gestion pour avoir une vision en temps réel de votre exposition.
🎯 Le risque de change, un ennemi que l’on apprivoise
Voilà, vous l’aurez compris, la gestion du risque de change pour les achats d’équipements hors zone euro n’est pas une option, c’est une nécessité. Dans un monde où les taux de change peuvent vaciller du jour au lendemain sous l’effet d’une décision politique, d’une crise sanitaire ou d’une simple rumeur de marché, les réseaux de franchise qui ne se protègent pas jouent à la roulette russe avec leur rentabilité.
J’ai vu trop de franchisés prometteurs voir leur marge fondre comme neige au soleil à cause d’un dollar qui s’affole ou d’une livre sterling qui dévisse. J’ai vu trop de franchiseurs impuissants regarder leurs meilleurs éléments vaciller parce qu’ils n’avaient pas anticipé ce risque pourtant si prévisible.
Mais rassurez-vous, la couverture du risque de change n’est pas réservée aux grandes multinationales. Avec une bonne stratégie, des outils adaptés et un franchiseur qui joue son rôle de chef d’orchestre, chaque franchisé peut sécuriser ses investissements. Que vous optiez pour le contrat à terme, l’option de change, la négociation de la devise ou le lissage dans le temps, l’important est d’agir.
La franchise est un modèle de partage et de solidarité. C’est aussi vrai sur le plan financier. Un franchiseur qui protège son réseau contre le risque de change est un franchiseur qui investit dans la pérennité de son enseigne. Et un franchisé qui maîtrise ce risque est un entrepreneur serein, qui peut se concentrer sur ce qu’il fait de mieux : développer son activité et faire rayonner la marque.
Alors, la prochaine fois que vous signerez un bon de commande en dollars ou en livres, posez-vous la question : “Est-ce que j’ai bien couvert mon risque ?” La réponse pourrait bien faire la différence entre une année exceptionnelle et une année galère. Et si vous ne savez pas par où commencer, parlez-en à votre franchiseur. C’est son rôle de vous accompagner. Et si vous êtes franchiseur, faites de ce sujet une priorité. Vos franchisés vous en remercieront.
“Un euro protégé, c’est un bénéfice assuré.”
On dit souvent que le seul risque que les entrepreneurs aiment prendre, c’est celui de se lancer en franchise. Pour le reste, ils préfèrent la tranquillité d’esprit. Alors, si vous voulez éviter de transformer votre salle de sport en salle de torture financière ou votre restaurant en resto “déficit”, couvrez-vous ! Parce que spéculer sur les devises, c’est le job des traders, pas des restaurateurs ou des commerçants.
❓ FAQ – Foire aux questions
1. Qu’est-ce que le risque de change exactement ?
Le risque de change est le risque de perte financière lié aux variations des taux de change entre l’euro et une devise étrangère dans laquelle vous avez libellé un achat ou une vente.
2. Pourquoi les achats d’équipements hors zone euro sont-ils particulièrement exposés ?
Parce qu’ils impliquent souvent des montants importants et des délais de livraison longs (plusieurs mois). Entre la commande et le paiement, le taux de change peut avoir beaucoup varié.
3. Quels sont les principaux outils de couverture du risque de change ?
Les plus courants sont le contrat à terme (qui bloque un taux), l’option de change (qui donne un droit sans obligation) et le lissage des achats dans le temps.
4. Un franchisé peut-il gérer son risque de change tout seul ?
Oui, mais c’est plus efficace et moins coûteux de passer par le franchiseur ou la centrale d’achat du réseau, qui peut mutualiser les besoins et négocier de meilleures conditions.
5. Le risque de change est-il pris en compte dans les contrats de franchise ?
Pas toujours. C’est pourtant un sujet important à aborder, surtout si le réseau a des achats importants en devises. Certains contrats prévoient des obligations de couverture pour les achats d’équipements.
6. Quelle est la différence entre un contrat à terme et une option de change ?
Le contrat à terme vous oblige à acheter ou vendre la devise au taux fixé. L’option vous donne le droit de le faire, mais sans obligation. L’option est plus flexible mais payante.
7. Comment savoir si je suis exposé au risque de change ?
Il suffit de lister tous vos achats ou vos ventes libellés dans une devise autre que l’euro. Si vous en avez, vous êtes exposé. L’ampleur du risque dépend du montant et de la durée entre la commande et le paiement.
8. Est-ce que la couverture du risque de change est coûteuse ?
Cela dépend de l’instrument choisi. Le contrat à terme n’a pas de coût direct, mais le taux que vous bloquez peut être moins bon que le taux spot du jour. L’option de change a un coût (une prime). Mais dans tous les cas, c’est un investissement pour sécuriser votre rentabilité.
9. Les banques proposent-elles des solutions adaptées aux réseaux de franchise ?
Oui, de nombreuses banques ont des offres dédiées aux réseaux de franchise, avec des contrats-cadres de couverture qui peuvent être utilisés par l’ensemble des franchisés.
10. Que dois-je faire si je découvre que je suis fortement exposé au risque de change ?
Ne paniquez pas ! Commencez par quantifier votre exposition. Ensuite, parlez-en à votre franchiseur et à votre banquier pour définir une stratégie de couverture adaptée à votre situation.
